mardi 23 avril 2019

Un ouvrage de référence sur l'engagement de l'armée française en Afghanistan


A l'heure actuelle, la seule thèse en histoire immédiate publiée retraçant l'histoire de l'intégralité de l'engagement de l'armée française en Afghanistan (2001-2012).

Prix d'histoire militaire 2014
Lettre de félicitations prix de l'IHEDN 2015
Prix de l'UNOR 2016

A découvrir !

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Histoire du génie contemporain: entretien avec le général (2S) Jacques Manet : « Le Golfe fut une rupture stratégique pour le génie »


Le lieutenant-colonel Jacques Manet à la tête du 6e REG lors de la guerre du Golfe (1990-1991) (crédit: ECPAD)

Le général Jacques Manet est Saint-cyrien de la promotion « Serment de 14 ». Il choisit l’arme du génie et sort de l’école d’application en 1965. Affecté au 5e RG, il prend le commandement d’une section de pompiers, qui préfigure la mise en place de la sécurité civile. Après un diplôme technique en 1971 à l’Ecole supérieure du génie militaire de Versailles, il est affecté trois ans au service des travaux de Lille. Il passe et réussit le concours de l’école de guerre en candidat libre et réalise sa scolarité entre 1982 et 1984. Il intègre le 6e REG à sa création le 1er juillet 1984 comme chef du bureau opérations et instruction et devient son quatrième chef de corps de 1989 à 1991. Après un poste de professeur à l’école de guerre, il prend la responsabilité de divers postes opérationnels notamment dans les Balkans. Promu général en 1999, il termine sa carrière au sein de l’état-major de l’OTAN à Mons en 2003. Pour le blog de recherche "Expérience(s) combattante(s)", le général revient sur son expérience au sein du génie de la guerre froide, durant et après la guerre du Golfe. 

Au début de votre carrière quel était le climat dans cette arme ? 

La période 1963-1965, c’est la période de la fin de la guerre d’Algérie où le génie se mécanise face aux Soviétiques. A ma sortie de l’école d’application du génie, tous nos capitaines, officiers supérieurs et chefs de corps avaient fait l’Algérie ou pour les plus anciens l’Indochine. Ils étaient tous marqués de manière très forte par ces expériences à la fois sur le plan opérationnel et moral. Notre intégration a été difficile au sein des unités. Les cadres sortaient d’une période de guerre intense et ils avaient tous des déceptions militaires énormes. Le contact a été difficile à établir. Les générations étaient vraiment séparées. Les comportements individuels pouvaient varier. Certains anciens ont pris les jeunes sous leur coupe pour leur apprendre le métier tel un père à un fils. D’autres attendaient plus simplement leur fin de carrière. Et puis on savait confusément qu’on ne renterait plus dans ce type de conflit. Le génie changeait d’adversaire, il se trouvait à l’Est. En 1966, le France quitta le commandement intégré de l’OTAN et développa alors la dissuasion nucléaire et des forces mécanisées. Ce fut une date charnière. Nous rentrions dans l’ère du « génie technique ». A la fin des années soixante, nous avons assisté à la mécanisation de l’armée de terre (les chars pour les fantassins, les missiles, les engins de combat pour le génie …). Ce fut véritablement une révolution. 

La page de la contre insurrection était-elle absolument tournée ? 

Absolument, c’est du moins ce que nous pensions alors. Certains savoir-faire liés à la contre guérilla ont été totalement mis de côté. Toutefois, l’engagement au Liban a commencé à nous ouvrir les yeux dès 1978. Les vieux généraux qui étaient encore en activité nous expliquaient qu’ils retrouvaient au Liban ce qu’ils avaient connu en Indochine et en Algérie. L’évolution de la menace semblait nous inciter à regarder plus attentivement ce passé. En 1983, j’ai réalisé un travail de recherche historique sur « La France face à la guerre révolutionnaire en Algérie. Leçons d’un échec », au sein de la 96ème promotion de l’école de guerre. Je concluais ainsi : « Le soldat doit (…) étudier le terrorisme contemporain, adapter sa tactique aux procédés de l’adversaire, appréhender le caractère total et la multiplicité des formes de l’agression potentielle. Aujourd’hui, comme hier, il est infiniment probable que ce sera lui qui sera opposé à ce nouvel ennemi ». Gérard Chaliand[1] (référence internationale en matière de guérilla et de terrorisme, avait guidé mes travaux. L’officier professeur d’histoire de l’Ecole de guerre (un lointain successeur du général de Gaulle…), ne m’avait pas rendu mon travail. Face à ma surprise, il me répondit : « Mon jeune ami, je ne vais pas vous mettre en dessous de la moyenne car vous allez être breveté de l’école de guerre mais arrêtez de fantasmer sur ces trucs là ». Et cette idée, croyez moi que je n’étais pas le seul à l’avoir. Nous étions persuadés que le mur finirait par tomber et que les nouveaux conflits seraient plus difficiles à appréhender. 

Comment décrivez-vous ce génie de la guerre froide ? 

Nous étions bien équipés pour la défensive. Nous avions de gros moyens de franchissement et des systèmes de minage performants. Je pense néanmoins que le fait nucléaire et les doctrines développées pour contrer les Russes ont sclérosée la pensée militaire. Il ne fallait pas sortir des sentiers battus en termes de réflexion. Dans les exercices que l’on menait, on reculait face aux Soviétiques tout en lançant des contre attaque partielles, dans le temps et dans l’espace pour rétablir un dispositif ou montrer à l’adversaire qu’on était là. Mais pour cette petite action offensive, il ne fallait pas trop réfléchir aux méthodes, aux moyens et aux modes d’actions. L’esprit était tourné vers la défensive. Quand on ne fait fonctionner qu’une partie de son cerveau, l’autre partie s’atrophie. Dès que nous avons été dans l’obligation durant la guerre du Golfe de penser un mode d’action offensif, nous nous sommes retrouvés devant une page blanche en se disant : « comment on fait ? ». Au Liban et au Tchad, on déminait déjà mais à plat ventre et en dehors de tout adversaire. En Irak, il fallait envisager de foncer à travers des champs de mines posées à la soviétique. Nous ne les avions étudiés que dans les livres ! 

Souvenez-vous pourquoi la décision a été prise de créer un régiment supplémentaire de génie au sein de la Légion étrangère ? 

En 1984, la Force d’Action Rapide (FAR) venait juste d’être créée et il n’y avait que le 17e RGP qui pouvait partir au coup de sifflet. Ce n’était bien sûr pas suffisant. Les missions de dépollution commençaient à se multiplier et le 17, qui était à moitié professionnel, n’avait pas suffisamment d’effectif pour répondre à tous les besoins opérationnels. Le général d’armée Imbot, alors CEMAT, choisit de créer le 6e REG. Il ne le créé pas ex-nihilo. Il dissout un bataillon (le 61ème BMGL) et une compagnie de travaux (la CRTRLE) de la Légion étrangère. Les légionnaires du 6ème REG allaient découvrir le domaine du génie combat. Le 1er juillet 1984, date de la création du régiment, il y avait 400 légionnaires sur la place d’arme et quelques cadres blancs issus du 7ème RG d’Avignon qui venait d’être dissous lui aussi. Ils avaient une petite expérience opérationnelle au Liban et au Tchad et étaient les seuls à posséder une formation en génie combat. Les officiers étaient à 90 % sapeurs et il y avait quelques officiers issus du rang. L’ensemble était très hétéroclite. Cette période de formation, qui débuta en 1984, fut un lourd investissement pour le régiment. Notre mission principale était le déminage en temps de paix. Six ans après, nous partions en Irak. 

Quand êtes vous arrivés à la tête du 6e REG ? 

En 1989. C’était une progression logique. J’ai retrouvé les premiers lieutenants que j’avais connus en 1984. Ils étaient devenus commandants de compagnie. Les légionnaires les plus assidus avaient gravis les échelons tout comme les meilleurs sous officiers. En 1990, nous avions amorcé la pyramide de compétences, qui donne son caractère opérationnel à un régiment. Nos personnels possédaient une petite expérience des OPEX. La vie du régiment était exaltante car nous partions d’une page vierge. 

Selon vous, en quoi la guerre du Golfe fut-elle une surprise stratégique pour le génie ? 

Les années 1990-91 sont charnières dans le domaine du génie combat. Certains spécialistes parlent effectivement de surprise stratégique. A cette époque, les sapeurs avaient développé des compétences dans le domaine du génie combat mais elles n’avaient pas été validées lors d’un conflit armé. Avant 1990, nous nous entraînions essentiellement à des missions défensives face au bloc de l’Est. Puis, nous nous sommes engagés dans un conflit offensif en Irak, sur un terrain qui n’était pas le centre Europe, face à un adversaire formé à la soviétique. Durant les quatre mois qui ont précédé l’attaque de la division Daguet, nous avons dû réapprendre des modes de combat offensifs que nous avions totalement perdus de vue que ce soit au niveau des équipements, des manières de faire, des modes de pensée … Ce fut une révolution intellectuelle ! D’ailleurs, j’ai eu de sérieuses empoignades avec mes patrons ! Il m’a fallu convaincre mes chefs – les généraux Mouscardès et Janvier - que l’on ne déminait pas sous le feu avec des baïonnettes. Je savais qu’avec nos équipements, nous ne pourrions pas remplir nos missions offensives, c'est-à-dire franchir les champs de mines adverses à la vitesse du combat. L’état major de l’époque était familiarisé avec une certaine utilisation du génie. Après deux mois de discussions intenses, j’ai fini par obtenir gain de cause. Finalement, la guerre du Golfe a agi comme un révélateur. Nous nous sommes rendu compte de nos lacunes. 

Le régiment s’est adapté à ce nouveau contexte sur le terrain ? 

Entre septembre 1990 et février 1991, nous nous sommes entraînés aux procédures de combat offensif du génie, qu’il avait fallu préalablement imaginer de nouveau. Nous avons travaillé essentiellement le « brèchage », en utilisant le système américain MICLIC ou le char démineur AMX30 télécommandé. Le MICLIC était un système permettant de dépolluer plus rapidement des zones. C’était une remorque à l’intérieur de laquelle était lové un boudin d’explosifs relié à une roquette, qui permettait de déployer le boudin sur 120 mètres et de le faire exploser. Cela dégageait un couloir de 6 à 7 mètres de large. Toutefois, on n’était pas sûr du résultat ! Notre entraînement s’est découpé en trois phases. La première phase consistait à maîtriser techniquement notre matériel. La seconde phase avait pour objet de valider la précédente, en plantant des mines réelles afin de trouver la bonne méthode de neutralisation. Nous avons fait des exercices où une de mes compagnies posait des mines réelles dans le désert et l’autre compagnie arrivait derrière pour passer à travers à la vitesse du combat. La troisième phase était l’entraînement tactique avec les fantassins et les cavaliers. Pour que le VAB équipé du MICLIC puisse se déployer, il faut une protection rapprochée, une attaque préalable des hélicoptères etc. Il y a tout un ensemble d’actions qui permettent au sapeur d’être protégé durant l’action qu’il mène. Nous avons aussi réutilisé les lance-flammes et les bangalores. Mes lieutenants et mes capitaines ont utilisé dans le Golfe une multitude d’explosifs variés (des charges perforantes, coupantes, allongées, au phosphore…), dont il a fallu éplucher les notices pour apprendre à s’en servir ! Je peux vous dire que quand nous nous entraînions avec les Américains, il n’y avait pas grand monde qui parlait dans mon PC. 

La guerre du Golfe est aussi la découverte des effets des sous munitions, des vastes opérations de dépollution et de destruction du potentiel militaire de l’adversaire ? 

Effectivement, ce fut une découverte pour nous comme pour les Américains. Les sous munitions, ce sont à l’origine des conteneurs de la forme d’une petite fusée qui sont largués par avion, qui s’ouvrent à quelques mètres du sol en disséminant des munitions antipersonnel ou antichars. A l’origine, c’est fait pour paralyser une troupe en mouvement ou alors pour polluer une zone. Quand elles arrivent au sol, les sous munitions n’explosent pas forcément tout de suite. Elles sont alors très instables. C’était une pollution « amie ». Généralement, nous les faisions exploser sans chercher à les manipuler. Ce fut la cause de nombreuses pertes dans le Golfe... Après l’offensive, nous avons été chargés de détruire tout le potentiel de la division irakienne (chars, dépôts de munitions, …) contre laquelle nous nous étions battus. Les officiers subalternes ont pu tester tous les types d’explosifs en différentes configurations (charges au phosphore pour souder les culasses de canon etc.). Ils ont acquis une précieuse expérience opérationnelle. Nous avons même fait exploser 700 tonnes de munitions en une seule fois après l’offensive. Je n’avais jamais fait exploser une telle quantité de munitions. Nous avons fait trois fourneaux de munitions, chacun mis en œuvre par un de mes capitaines. J’avais fait verrouiller toute la zone dans un rayon de sept kilomètres. Un régiment d’hélicoptères de combat s’était mis en stationnement autour de la zone interdite pour éviter aussi toute intrusion par les airs. A côté de chaque fourneau, les capitaines avaient deux VAB prêts à partir et moteur tournant pour éviter tout problème. J’ai commandé la mise à feu depuis un hélicoptère Puma. Il y avait trois mètres de mèches lentes. Au top, ils ont mis le feu et ils sont partis. Ce sont des choses que l’on ne peut faire qu’en opération ! 

Comment s’est passé le retour en métropole après un engagement aussi intense ? 

Le 19 juillet 1991, j’ai quitté le 6e REG. J’ai tout de même gardé des relations avec mes capitaines qui me confiaient : « on s’emmerde mon colonel ! ». En interne, le retour à la vie normale de garnison fut compliqué. Dans le régiment, il y a eu une forme de rupture entre ceux qui y étaient et ceux qui n’y étaient pas, ceux qui étaient décorés et les autres. Même pour le chef de corps qui a pris ma suite, ce ne fut pas facile. Vis-à-vis de l’extérieur, la guerre du Golfe a suscité de vives jalousies au sein du génie. Le 6e REG fut le régiment le plus décoré. Mes légionnaires ont reçu des croix de guerre des Théâtres et Opérations Extérieures (TOE) au titre de l’Irak mais aussi du Koweït. C’était une première depuis l’Indochine. On a certainement manqué de modestie en rentrant mais il faut se mettre à la place des jeunes de 22 ans qui avaient risqué leur vie et qui ne pensaient pas revoir leur famille. Ils étaient simplement fiers du travail accompli. Ces décorations, ces titres de guerre, tout cela était nouveau pour la génération de la guerre froide. Néanmoins, ces facteurs ont eu un impact sur la prise en compte par l’institution du retour d’expérience. Imaginez la situation lorsqu’au sein de l’école du génie, les cadres restés en arrière voyaient arriver leurs homologues plus jeunes et très décorés. Ils n’étaient pas enclins à les accueillir à bras ouverts et à les écouter. Je suis persuadé que ce phénomène, tellement humain, persiste encore de nos jours avec l’Afghanistan.

Comment fut accueilli le retour d’expérience de cet engagement opérationnel ? 

J’ai réalisé un compte rendu que j’ai transmis à l’inspecteur du génie. Il n’a pas vraiment été bien accueilli. Dans le même temps, je refusais d’être muté à l’école du génie… Avec le recul, c’était une erreur. La guerre du Golfe nous a permis de nous aguerrir. Pour autant, il ne fallait pas en faire un exemple absolu. Il faut savoir tirer de chaque conflit la substantifique moelle. Dans la guerre suivante, avec les mêmes moyens, la solution sera peut être autre. En fait, il faut être souple. Pour apprendre cette souplesse en école, il faut des cadres instructeurs ayant une expérience opérationnelle significative. Trop souvent, ces cadres là ne veulent pas y aller. Ce sont des gens d’expérience qu’il faut mettre dans les écoles pour éviter toutes formes de dogmatismes. Finalement, il y a eu du retard dans la mise en pratiques des leçons apprises dans le Golfe. Concernant le manque de capacités de «brèchage », par exemple, le commandement s’est retrouvé devant les mêmes problèmes en ex-Yougoslavie. La création de la 6ème compagnie de dépollution du 1er RG en 1998 découle de l’expérience des Balkans et non des problèmes déjà perçus dans le Golfe. En Bosnie, le commandement a réellement pris conscience qu’il fallait des moyens mécanisés pour déminer rapidement des zones entières. Toutes les unités du génie passaient en Ex-Yougoslavie et exprimaient le même besoin. Finalement, il y a peut être toujours un temps de maturation entre le moment où un problème est identifié et la production de la réponse. La nécessité de mettre en place des formations uniformisées pour les sapeurs et les démineurs s’est faite sentir à partir du Liban et du Tchad mais il a fallu attendre 1992 pour que les filières de formation MINEX soient mises en place. 

Finalement dans l’évolution contemporaine du génie doit beaucoup à des sapeurs l’engagement en ex-Yougoslavie ?

Nous avons redécouvert en ex-Yougoslavie des problèmes occultés pendant la guerre froide. Nous nous sommes rendu compte que les conflits futurs ne seraient plus ceux de deux armées face à face. Ils sont plus complexes que l’affrontement frontal et bestial des deux armées. Ce fut le premier acte des opérations militaires au milieu des populations, où finalement nous ne savions pas qui est qui et d’où pouvait venir le danger. Il n’y avait pas d’armée constituée en face de nous. Il y avait de nombreuses milices avec des uniformes différents, sans hiérarchies précises qui n’étaient pas soumises à un commandement unique. Lorsque vous négociez avec une milice, l’autre qui était pourtant voisine, ne se sentait pas concernée…. Et au milieu, il y avait les populations. En Bosnie, nous avons assisté à des combats entre peuples et non pas entre armées, avec des fractures religieuses et ethniques. Dans les Balkans, des haines ancestrales ont ressurgi. Nous nous sommes interrogés sur la manière dont nous pourrions traiter ce genre de conflits. Les miliciens en civil qui cachent leurs armes chez eux sont bien différents du soldat irakien ! Entre 1992 et 1997, la Bosnie nous a permis de réfléchir de nouveau à ces problématiques de guerre asymétrique au milieu des populations, avec des implications politiques très marquées. Le Kosovo ensuite a souligné la récurrence de ce type de conflits. 

A partir du Liban, une évolution débutait pour le génie. A partir de 1978, les sapeurs parachutistes puis ceux de la Légion furent les premières unités à évoluer et à quitter progressivement les savoir-faire hérités de la guerre froide. Les troupes professionnelles débutaient un nouvel apprentissage de conflits non conventionnels, avec en face d’eux des groupes armés usant volontiers de méthodes terroristes. L’année 1992 marque réellement la fin de la guerre froide. Entre 1978 et 1992, les composantes de l’armée française n’ont pas progressé au même rythme et au même moment, sur ces nouveaux modes d’actions. La rupture pour l’ensemble du génie fut le début des OPEX en ex-Yougoslavie. Il s’est adapté et a développé des savoir-faire spécifiques. L’expérience des OPEX se généralisait à tous les régiments. Les retours d’expérience étaient plus nombreux et convergents. Je me souviens que certains sous officiers NEDEX intervenaient parfois avec les forces spéciales pour fouiller les caches d’armes ou les maisons où se déroulaient leurs interventions. C’était en quelque sorte les prémices de l’intégration de la fouille opérationnelle spécialisée qui fut développée ensuite en Afghanistan. Nous avions aussi constaté une déperdition de savoir-faire sur la protection de la force. Jeune lieutenant, j’avais eu un cours d’aménagement du terrain à Angers où nous apprenions à faire des postes de commandement enterrés. J’avais dû mettre en pratique cet exercice une seule fois à l’école. Par la suite, je ne l’avais jamais plus fait en régiment. En Bosnie, avec la multiplication des attentats et des attaques contre la force, nous avons été obligés de réapprendre à nous protéger. A Sarajevo, nous avions un PC le long de Sniper Alley – le boulevard qui menait de l’aéroport au centre de Sarajevo qui délimitait les zones Serbe et Bosniaque- qui était protégé par de gros conteneurs remplis de graviers et de béton. Trop souvent, c’est un conflit qui nous force à réétudier nos manières de faire. Réapparaissent alors des savoir-faire que nous maîtrisions il y a cinquante ans, mais que nous avions abandonnés pour diverses raisons. Finalement, la nature de la menace à affronter est le principal moteur de l’adaptation. Le génie ne fait pas exception à cette règle. 




[1]. Gérard Chaliand est un universitaire spécialiste des relations internationales et stratégiques, des conflits armés et surtout des conflits irréguliers (guérilla, terrorisme) pour lesquels il est une référence internationale.

Histoire du génie contemporain - L’Engin Blindé du Génie (EBG) : les premières armes dans le Golfe

Un EBG du 19e régiment du génie en action (crédit: 19e RG)

L'Engin Blindé du Génie (EBG), dérivé de l'AMX 30B2, est destiné à remplir un grand nombre de missions d'aide à la mobilité et de contre mobilité : ouverture et fermeture d'itinéraires, dégagement d'obstacles, aménagement de gués. Il travaille en atmosphère contaminée. Cet engin est testé en opération pour la première fois lors de la guerre du Golfe. Il est équipé d’une pelle droite très robuste, de type bouteur, utilisée pour le terrassement et le déblaiement d'obstacles (rendement : 200 m²/h sur 3,55 mètres de large). Un treuil hydraulique est capable de tirer une masse de 15 à 20 tonnes. Il peut dégager des obstacles ou auto haler l'engin lui-même (longueur de halage : 80 mètres). Il dispose en outre d’un lanceur de charge de démolition destiné à projeter 10 kg d'explosifs à une portée comprise entre 30 et 550 mètres ainsi qu’un lance-missiles antichar d'une portée maximale de 260 mètres capable de projeter 20 mines. Une arme automatique de 7,62 mm assure sa protection rapprochée. Une pince à grumes et un crochet de levage complètent les équipements disponibles L’équipage est composé d’un chef d'engin (sous-officier), d’un opérateur et d’un pilote. Récemment revalorisé en 2012, ce nouvel EBG testé au 19e RG est baptisé « Housseini Ali », du nom du caporal-chef de la 1ère compagnie de combat tué en Afghanistan à l’été 2011.

Désignation
Dimensions
Longueur
8,29 m.
Longueur
3,35 m.
Carburant
Gazole 990 litres (500km - 16 à 18h)
Vitesse maxi
65 km/h
Vitesse moyenne sur route
45 km/h
Vitesse moyenne tout terrain
35 à 40 km/h
Pente
60%
Dévers
30%
Garde au sol
45cm
Wagonnage
3100
Classe
45
Source - Armée de Terre

Histoire du génie contemporain - Le MPG : le véhicule à tout faire du génie

Le MPG: le cheval de somme du génie (crédit: 19e RG)


Le Moyen Polyvalent du Génie (MPG) est un tracteur chargeur sur roues à châssis articulé, équipé d’un godet 4 en 1 et d’un treuil. Mis en service au milieu des années soixante-dix, il est progressivement remplacé en 2012 par les Engins du Génie Rapide de Protection (EGRAP) et les Engins du Génie d’Aménagement du Terrain (EGAME). Sa dernière grande OPEX fut l’Afghanistan où il s’est distingué malgré le fait que le matériel soit à bout de souffle. Cette bête de somme du génie est utilisée principalement pour l’ouverture et le rétablissement des voies de communication et l’aménagement de sites. Articulé en deux demi châssis, l’engin est équipé d’une cabine démontable munie d’une structure de protection en cas de retournement. La cabine peut être aussi équipée de plaques de blindage. Le godet peut être utilisé en chargeur (2,3 m3 à ras et 2,6 m3 avec dôme), en décapeur, bouteur et benne preneuse. Son treuil permet l’auto halage de l’engin, le halage d’obstacles ou le dépannage. Le MPG est capable d’assurer les travaux de démolition, de terrassement, de nivellement sommaire, de dégagements de déblais et d’abattis, de comblement d’entonnoirs, de halage et d’auto halage, de chargement de matériaux et de réalisation de travaux de sauvegarde et de protection. Son gabarit et la capacité d’emport de son godet en firent un outil précieux pour l’élévation de murs en utilisant le système des Bastion Wall (gabions remplis de matériaux divers) en Afghanistan.

Désignation
Dimensions
Longueur
9,29 m
Largeur
2,78 m
Hauteur (avec gyrophare)
3,51 m
Masse en ordre de marche
22,8 T
Autonomie sur route
500 km
Autonomie au travail
13h
Réservoirs à carburant
2 x 200 l

Histoire du génie combat contemporain, épisode 6: Le génie durant la Guerre du Golfe (1990-1991)


Le génie participe à l’opération Daguet[1] menée par la France dans le cadre de la coalition internationale. Au sein des unités du génie de la FAR, seul le 6e REG est entièrement professionnalisé et possède déjà les Véhicules de l’Avant Blindé (VAB). Après quelques hésitations du haut commandement, le président François Mitterrand ordonne son départ pour l’Arabie Saoudite. Cet engagement revêt un caractère exceptionnel à l’époque car pour la première fois depuis longtemps, un régiment du génie de l’armée française est engagé complet et groupé outre-mer dans une mission de génie d’assaut. En outre, le colonel Jacques Manet qui commandait alors le 6e REG assure le contrôle et la coordination du 27ème Bataillon de Génie américain[2] mis à la disposition de la division Daguet. Alors que la guerre froide prend fin, les alliés mènent dans le Golfe la dernière guerre conventionnelle en coalition contre une armée de type soviétique. Elle permet de mettre en lumière des lacunes de l’armée française mais aussi de valider un certain nombre de concepts et de matériels. Pour les sapeurs du génie issus de la guerre froide, c’est un temps de redécouverte et d’apprentissage du feu et de l’offensive. Dès la fin de cet engagement, se pose la question de l’exploitation du retour d’expérience. Quelques mois après, un théâtre d’opération majeur s’ouvre en ex-Yougoslavie.

Char T-72 récupéré dans le Golfe par le 2e REI (crédit: auteur)

Le 6e REG dans le Golfe : la redécouverte de l’offensive


Le jeune régiment de génie Légion est engagé en intégralité entre septembre 1990 et mai 1991[3]. De création récente, il n’est pas encore expérimenté, comme le souligne le général Jacques Manet dans un entretien de référence accordé à Pierre Bayle: « Quand la guerre du Golfe a éclaté, le [régiment] était tout jeune, six ans à peine depuis sa création en 1984. A cette date, ses hommes n’avaient aucune expérience des mines, sauf une dizaine de cadres qui les avaient connues au Liban. Il avait été constitué en réunissant des légionnaires spécialisés sur les travaux de terrassement dont le 61e Bataillon mixte Génie Légion et la Compagnie régionale de travaux routiers de la Légion étrangère du camp de Canjuers, ainsi que de cadres provenant du 7e Régiment du génie (dissous) : des spécialistes de travaux de chantiers, mais aucune formation de génie d’assaut. De 1984 à 1990, le jeune 6e REG avait bâti son expérience au Tchad, en Guyane, au CentrAfrique, à Djibouti, au Pakistan, dans des missions réelles ou de formation – essentiellement du déminage de temps de paix. La priorité était donc de faire l’apprentissage des missions de combat, ce qu’on appelle le génie d’assaut »[4]. Au départ, la mission attribuée au régiment est purement défensive. Dans les premiers temps de son engagement (septembre à décembre 1990), le 6e REG intervient dans l’aide au déploiement des éléments de la division Daguet, à leur protection (merlons anti-véhicules autour des zones vies, aménagements de soutes à munitions, emplacements de combat …) mais aussi à leur installation en campagne (réalisation de puisards pour l’évacuation des eaux usées). Le MPG démontre encore une fois toute sa valeur dans la réalisation de ces travaux. Le 26 décembre 1990, la mission devient plus offensive et le régiment est envoyé en intégralité dans le Golfe. Dans la seconde phase de l’opération synonyme de préparation d’une offensive contre l’Irak, le 6e REG est regroupé en Arabie Saoudite. Il en profite alors pour parfaire son entraînement, intégrant la contrainte du combat en tenue Nucléaire Bactériologique Chimique (NBC) et se préparant à mener des missions de génie d’assaut[5] en faveur des éléments blindés de la coalition : « Au départ, ça a été l’apprentissage du désert, de la chaleur, des travaux de protection et d’aménagement d’ouvrages défensifs, avec les combinaisons S3P[6] et le masque à gaz (…). Puis très vite, nous avons commencé à nous entraîner à des actions de génie d’assaut avec les matériels de dotation : bangalores (charges allongées), explosifs divers, lance-flammes, etc… Mais c’était insuffisant.»[7]. Le 6e REG ne possédant pas de moyens de déminage offensif mécanisé, il est renforcé par une compagnie blindée du 3e RG[8], une section de déminage lourd armée par vingt et un régiments de métropole ainsi que par le 27e bataillon du génie parachutiste américain équipé du système Mines Clearing Line Charge (MICLIC)[9] permettant de faire des brèches rapides dans les champs de mines[10]. En guise de chars démineurs, le génie français modifie 6 chars AMX 30 télécommandés, qui sont équipés de rouleaux anti-mines d’origine israélienne KMT5[11].

Pose de Bangladore à l'entraînement par le 6e REG dans le Golfe (crédit: ECPAD)


Les premiers EBG en dotation dans le génie, encore en expérimentation, sont envoyés dans le Golfe. La préparation opérationnelle intégrant ces nouveaux matériels est alors très rapide : « Mission a priori impossible, avec le peu de temps imparti et surtout l’arrivée tardive des renforts ! Mais nous avons réussi à faire l’apprentissage de ces matériels en créant nous-mêmes des champs de mines dans les zones d’exercice en Arabie saoudite, en posant des mines françaises et américaines, pour nous exercer à ouvrir des itinéraires avec les MICLIC, les chars démineurs et les EBG »[12]. Toutefois, ces derniers sont conservés en arrière. Le général Manet se souvient : « La compagnie formée pour utiliser les EBG était essentiellement composée d’appelés du 3e RG. Le commandement les a donc remplacés par des engagés provenant de tous les régiments du génie de France. Son effectif était de 90 personnels. Le capitaine a découvert certains de ses hommes sur le bateau. Ils n’étaient pas du tout préparés à cela »[13]. Arrivé dans le Golfe quinze jours avant le début de l’offensive terrestre, ce détachement ne peut être utilisé de manière optimale faute de cohésion et d’entraînement. L’EBG n’est pas fiable non plus : «Ce véhicule possédait une excellente caisse, se rappelle le général Manet, par contre ses équipements étaient très insuffisants. Il lui manquait de l’armement de bord pour assurer sa propre protection et le canon de démolition était aussi à améliorer. Cet engin était encore expérimental [14]. A la veille de l’offensive, la division Daguet dispose d’une force génie de plus de 1200 hommes, comprenant deux états-majors, 9 unités élémentaires dont 7 de combat ou de travaux. Compte tenu de l’importance de ces moyens, le chef de corps du 6e REG assure directement le commandement de l’ensemble auquel s’ajoute le bataillon américain détaché.

De l’offensive éclair à la dépollution du théâtre d’opération


Lors de l’offensive, du 24 au 28 février 1991, les éléments du génie sont parfaitement intégrés dans le dispositif français : « Le 6e REG était positionné sur l’axe Texas avec une compagnie de combat à droite, une autre à gauche, et le reste derrière avec le bataillon américain et la compagnie d’EBG. Deux autres compagnies de combat étaient détachées au 1er REC et au 2ème REI qui effectuaient un débordement à l’est et à l’ouest de la zone d’action de la division. La progression sur l’axe Texas était faite par le 4e Dragons et le 3e RIMA, et chaque fois qu’un DLRG (détachement léger de reconnaissance du génie) placé avec ces unités découvrait une zone incertaine, une menace potentielle de mines, les unités de tête s’arrêtaient, les AMX-30 démineurs débordaient, les MICLIC tiraient et la zone était dégagée, permettant sans délai la reprise de la progression »[15]. Lors de l’attaque de la division sur la Main Supply Road (MSR) Texas et sur l’axe White les 24 et 25 février 1991, les missions du génie sont l’appui à la mobilité des régiments du premier échelon, l’ouverture, l’élargissement et le maintien en état des axes routiers, l’aide à la réduction des points forts sur la position « Rochambeau » et la réalisation de divers travaux. La principale surprise provient de l’absence de minage de la part des irakiens. Leurs positions défensives ne sont même pas achevées. La progression s’effectue à un rythme très élevé. Les sous-munitions des Cluster Bombs larguées par les avions américains en préparation de l’offensive terrestre constituent une menace très sérieuse. C’est la première fois que le génie est confronté au problème posé par la neutralisation de ces sous-munitions. Le 6e REG participe à l’assaut sur la localité et la base aérienne d’As-Salman et à la consolidation des positions de la division, les 26 et 27 février 1991. Les deux pistes de l’aérodrome (de 3000 mètres chacune) sont détruites par des charges explosives enterrées grâce au Moyen de Forage Rapide de Destruction (MFRD). Les sapeurs légionnaires réduisent en cendres deux centrales électriques, un dépôt de carburants pour avions, un château d’eau, une tour de contrôle pressurisée, cinq bunkers d’habitation des pilotes, un bunker de police, deux abris NBC pressurisés et une station de pompage d’eau. L’armée irakienne ne sera pas en mesure de reprendre pied dans ses précédentes installations après le départ des français pour menacer ses voisins.

Assaut sur As Salman (crédit: ECPAD)


Entre le 1er mars et le 15 avril 1991, une partie du régiment se consacre à la dépollution des zones infestées de sous munitions non explosées, à la destruction ou à la récupération du matériel saisi lors de l’offensive terrestre : « Nous avons nettoyé toute l’agglomération d’As Salman et ses alentours, détruit tous les blindés, canons d’artillerie, munitions, armes individuelles et collectives, et détruit aussi les deux pistes de l’aérodrome d’As Salman. Techniquement nous avons expérimenté tous les moyens de destruction français, anglais ou américains : charges coupantes, charges allongées, charges perforantes, charges au phosphore, en fonction de la nature et du volume des destructions à opérer. Au total, nous avons utilisé deux tonnes d’hexolite (TNT), 500 kg de plastique, 27 tonnes de charges allongées, 1,2 tonne de charges formées, et 3,6 tonnes de charges d’hexal pour moyens de forage »[16]. Les équipes de démineurs NEDEX profitent de cette fin de conflit pour récupérer et étudier les armes et munitions inconnues de l’adversaire. Dès le 3 mars 1991, le village d’As Salman est de nouveau occupé par ses habitants en toute sécurité. Enfin, deux compagnies du 6e REG et une compagnie du 17e RGP participent au déminage des plages et des abords maritimes au Koweït (opération Libage). Ces opérations ne sont pas sans dangers. Le 27 mars 1991, l’adjudant-chef Sudre marche sur une sous munition. Grièvement blessé, il est rapidement évacué mais succombe finalement à ses blessures. Le 30 avril 1991, le jour même de la fête de Camerone, le caporal N’Guyen Van Suong meurt des suites de l’explosion d’une mine sur la plage de Koweït City. Le bilan des pertes pour le 6e REG s’élève à deux tués pour l’ensemble de la campagne.

Le 6e REG à As Salman (crédit: ECPAD)

Le bilan de l’engagement dans le Golfe[17]



L’engagement de la division Daguet se caractérise par un rythme très soutenu des opérations qui a rendu impossible toute réarticulation importante des moyens du génie en cours d’action. Les Français parcourent tout de même 120 kilomètres en deux jours. Pour le général Manet, des solutions sont envisageables pour gagner en souplesse. Le rythme du combat moderne et son aspect interarmées exigent que le chef de corps soit aux commandes de son régiment sur le terrain, tout en recevant directement les ordres du général commandant la division, qui serait conseillé par une cellule «gestion du terrain ». Cela permettrait de gagner du temps sur les délais en anticipant les problèmes. De la même manière, il préconise l’augmentation du nombre de DLRG de trois à cinq. Ces éléments de reconnaissance permettraient d’anticiper la manœuvre future et de pré alerter les unités sur les actions à venir. Pour gagner encore du temps[18], il préconise aussi la dissolution des compagnies d’appuis et la répartition de ses engins et de ses hommes au sein des compagnies de combat. Les transmissions sont aussi à améliorer. Les commandants de compagnie de combat ne sont pas en mesure d’être en liaison à la fois avec les unités interarmes appuyées, leur commandement propre et leurs chefs de section[19]. La menace des mines et des pièges souligne le besoin du génie de se doter de moyens rapides de déminage même si elle ne s’est pas concrétisée durant l’opération. Les axes logistiques, si vitaux pour la division, n’ont pu être réalisés que grâce au matériel important détenu par le 27e BG américain.

Etat-major de la division Daguet (crédit: ECPAD)


Dès son arrivée dans le Golfe, le 6e REG ne disposait que d’une niveleuse, de trois bull puis de six MPG pour réaliser tous les travaux[20]. Sans l’appui des sapeurs américains, il n’aurait pu remplir toutes les missions qui lui étaient imparties soulignant l’urgence de développer des unités de travaux lourds susceptibles d’intervenir rapidement en zone de combat. En effet, en dehors de la période d’engagement proprement dite, l’état-major et tous les régiments de la division Daguet n’ont eu de cesse de faire appel aux unités du génie pour réaliser des travaux de protection, de sauvegarde ou d’usage domestique[21]. Les systèmes GPS perçus au moment de partir dans le Golfe ont parfaitement fonctionné sur le terrain permettant de réaliser une navigation efficace dans le désert. Le chef de corps du 6e REG souligne alors la pertinence qu’il pourrait y avoir à élargir la dotation de ce type de matériel à toutes les unités y compris en centre Europe. Enfin, la dépollution devenant une mission majeure du génie en opération, le colonel Manet appelle à ce que cette nouvelle mission soit étudiée au niveau de l’école du génie, que le nombre de sous-officiers NEDEX soit augmenté au sein des régiments et qu’il y soit créé un poste d’officier NEDEX pour la coordination. Concernant les équipements du génie, il est évident que l’EBG doit encore faire ses preuves après son engagement dans le Golfe. Le MPG, lui, confirme ses très bonnes capacités dans la réalisation rapide de travaux de protection et de sauvegarde. La VAB génie montre son adaptation au combat offensif même si ses capacités d’emport ne sont pas suffisantes pour inclure les paquetages des personnels des groupes de combat. Le MFRD et le tracto-chargeur Ahlman donnent aussi satisfaction. 

«Globalement, souligne Jacques Manet, il y avait un manque total de moyens offensifs de déminage au sens d’ouverture d’itinéraire (breaching) dans un terrain miné ». La guerre du golfe fait laisse apparaître l’absence de moyens de déminage rapide au sein du génie. Le MICLIC s’est révélé rustique, facile à tracter derrière un VAB mais avec une portée pratique de déminage limitée. L’AMX 30 démineur, arrivé sur le théâtre d’opération assez tardivement a donné satisfaction même s’il apparaît que l’ajout d’une lame étrave à l’avant est indispensable. A la fin de l’engagement dans le désert irakien, la solution optimale pour le génie est encore à trouver. En 1992, le système MADEZ est commandé par l’armée de terre qui ne suite pas en cela les recommandations du chef de corps du 6e REG pour qui le système de déminage par fléaux ne parait pas constituer une direction de recherche satisfaisante. « La seconde lacune grave, se rappelle le général Manet, était la protection insuffisante des personnels : il suffit de regarder les photos des premières opérations de déminage sur les plages de Koweït City, à mains nues et avec un sommaire gilet pare-éclats. Il a fallu attendre pratiquement une génération pour voir les équipements dont sont équipés nos démineurs aujourd’hui en Afghanistan, avec de vrais gilets pare-balles et des casques en kevlar enveloppants. Enfin la préparation au théâtre d’opérations et à ses contraintes spécifiques était inexistante : nos hommes sont partis du jour au lendemain, sans aucune idée de ce qui les attendait. Aujourd’hui, la préparation opérationnelle est de six mois avant un départ en OPEX. Pourtant, malgré notre impréparation et la faiblesse initiale de nos moyens, nous avons rempli le contrat et joué un rôle important dans le succès des forces françaises »[22]

Avec la guerre du Golfe, le génie passe d’une posture essentiellement défensive à la redécouverte de l’offensive. Il se pose de nouveau la question de la destruction de masse des munitions[23] et du potentiel militaire de l’ennemi. Comme pour l’ensemble de l’armée française la question de l’interopérabilité avec les alliés est posée. Enfin, la fin de la guerre froide et la perspective de nouveaux engagements lance le mouvement de professionnalisation des armées.

L'adjudant-chef Sudre du 6e REG: mort pour la France dans le Golfe persique (crédit: Képi Blanc)
Le caporal NGuyen van Suong du 6e REG: mort pour la France dans le Golfe persique (crédit: Képi Blanc)



[1]. Voir le film « Le 6e REG durant l’opération Daguet (1990-1991) » réalisé par le régiment est mis en ligne sur le site Dailymotion (ici)

[2]. Il appartenait au 937ème groupe de génie du XVIIIe Corps US. Ce bataillon comprenait un état-major, une compagnie de commandement et des services et trois compagnies de combat et travaux. La vocation essentielle de ce bataillon était la réalisation de pistes pendant les phases de combat. Il était équipé de nombreux engins de travaux puissants. 

[3]. La dernière fois qu’un régiment du génie avait été engagé en intégralité était pour la campagne de Tunisie (1942-1943) et il s’agissait alors du 19e RG. 

[4]. Entretien réalisé par le journaliste Pierre Bayle sur son blog avec le général Jacques Manet, ancien chef de corps du 6e REG (disponible ici)

[5]. Il faut retenir que le lance-flammes est encore utilisé dans les unités du génie à cette date. La guerre du Golfe constitue sans doute le dernier conflit majeur dans lequel cette arme fut engagée. 

[6]. Combinaisons individuelles protégeant des risques nucléaires, bactériologiques et chimiques. 

[7]. Entretien avec le général Jacques Manet, Op.Cit. 

[8]. A deux sections de combat disposant de deux EBG chacune. 

[9]. C’est un boudin d’explosif d’une longueur de 150 mètres tiré par une roquette. Le 6e REG disposait alors de 6 lanceurs de déminage américains de ce modèle. 

[10]. Les Américains rejoignent le 6e REG le 17 janvier 1991. Le système MICLIC est retenu car c’est le seul à pouvoir être tracté par un VAB. Cette capacité n’est pas détenue alors par le génie français. C’est son développement ultérieur au sein du 1er RG qui donnera naissance à la capacité de Détachement d’ouverture d’Itinéraire Piégé (DOIP) en Afghanistan. 

[11]. Ces rouleaux de conception israélienne et de fabrication soviétique, furent récupérés en Allemagne de l’Est et transportés à Coblence. L’armée française les convoya jusqu’à Satory où ils furent adaptés sur des châssis d’AMX-30 dotés de télécommandes. Ils furent aussitôt envoyés dans le Golfe. 

[12]. Entretien avec le général Jacques Manet, Op.Cit. 

[13]. Idem. 

[14]. Idem. 

[15]. Idem. 

[16]. Idem. 

[17]. Ce bilan rassemble quelques éléments figurant dans le rapport de fin d’opération rédigé par le colonel Jacques Manet en 1991. 

[18]. Au combat, l’acheminement des engins des compagnies d’appuis vers les unités nécessite des délais incompatibles avec le rythme opérationnel. 

[19]. Dans son compte de fin de mission, le chef de corps du 6e REG demande alors que les sapeurs puissent être équipés d’appareils de transmission de type PR4G. 

[20]. Ils furent portés à 18 grâce à un renfort de métropole. 

[21] . Le 6e REG réalise 150 kilomètres de merlons entre octobre 1990 et son départ du Golfe fin avril 1991. 

[22]. Entretien réalisé par le journaliste Pierre Bayle sur son blog avec le général Jacques Manet, Op. Cit. 

[23]. 700 tonnes de munitions et d’équipements sont détruites par le génie.

samedi 20 avril 2019

Histoire du génie combat contemporain: entretien avec le général (2S) Jean-Louis Vincent : « Le génie de la guerre froide avait une vocation défensive et offensive »

Le général (2S) Jean-Louis Vincent (crédit: JLV)


Saint Cyrien de la promotion « Serment de 1914 », le général de corps d’armées Jean-Louis Vincent choisit l’arme du génie et réalise son temps de commandement au 13e RG basé à Trèves. En septembre 1975, il rejoint l'École d'application du génie à Angers et exerce les fonctions de chef de brigade à la division d'application, et à compter de septembre 1977, celles d'instructeur Génie à la « formation tactique ». En 1980, il est stagiaire à l'École supérieure de guerre, 94ème promotion. En juillet 1988, il prend le commandement du 2ème RG à Metz. En juillet 1993, il est affecté à l'Etat‑major de l'armée de terre à Paris, et occupe les fonctions de chef du bureau «planification‑ressources humaines ». Nommé général de brigade le 1er février 1995, il devient le 1er août adjoint au sous‑chef d'état‑major « ressources humaines ‑ organisation » de l'Etat‑major de l'armée de terre à Paris. Le 1er septembre 1997, il prend le commandement de l'École supérieure et d'application du Génie à Angers. Le ler août 1998, il est nommé adjoint au Général Directeur central du service national à Compiègne. Promu Général de division le 1er janvier 1999, il prend les fonctions de Directeur du service national à compter du 19 mars 1999. Général de corps d’armée à compter du 1er juillet 2001 il est nommé Major Général de l’armée de terre le 1er novembre 2001, poste qu’il occupera jusqu’à son départ de l’armée d’active le 1er août 2003. 

Pour le blog "Expérience(s) combattante(s)", il revient sur l’évolution du génie durant la guerre froide et sur la professionnalisation des armées.

Mon général, lorsque vous avez suivi votre formation d’élève officier à Saint Cyr puis votre école d’application à Angers, quel était la menace principale ?

Jean-Louis Vincent : La menace principale était très clairement le Pacte de Varsovie. Les « forces rouges » étaient calquées sur l’organigramme des forces soviétiques et de leurs alliés. En Allemagne, la trouée de Fulda était à deux cent kilomètres de la France – le général de Gaulle parlait d’une étape du tour de France- cela vous situait la proximité de la menace. Cette région de faible élévation située entre la frontière de l'ancienne Allemagne de l'Est et la ville de Francfort était considérée comme un axe très probable d’attaque en cas d’invasion soviétique. Toutefois, en 1965-66 à l’école du génie, nous avions encore quelques enseignements tirés des guerres coloniales (mines et pièges, résistances des matériaux etc.) à la différence des régiments qui étaient déjà plongé dans la mécanisation des unités. A la fin de mon temps de division d’application, nous nous sommes recentrés sur le combat mécanisé en centre-europe sous l’impulsion du général de Gaulle, qui développait parallèlement les forces nucléaires stratégiques. Par contre, j’ai nettement ressenti la rupture à partir de 1975 lorsque je suis revenu comme instructeur à l’école d’application du génie. Nous préparions les élèves à devenir chef de section mécanisé ou blindé du génie avec une perspective de combat en Europe.

Après les guerres coloniales, avez-vous constaté une rupture dans les enseignements dispensés à l’école du génie durant ces années 1965-1966 ?

JLV : Non, il n’y a pas eu vraiment de rupture brutale. Mais il y avait un décalage flagrant entre ce que nous y avions appris et la réalité des régiments. Nous recevions un enseignement parcellaire, qui ne se concrétisait pas une fois en régiment. Je suis sorti major de promotion de l’école d’application du génie. J’aurais dû être le mieux instruit pour prendre mon commandement de chef de section en unité. Toutefois, lors de notre exercice de synthèse en fin de formation à Metzingen (Allemagne), on me donna le commandement d’une section du génie et nous devions faire face à un plastron. Je me suis retrouvé aux commandes d’un Véhicule Tout Terrain (VTT) et je ne savais pas comment parler au pilote ni comment le diriger. Dans le même temps, je recevais énormément d’informations. J’étais complètement largué… On ne nous avait pas préparés à notre premier métier. Lorsque je suis revenu à l’école d’application du génie en 1975, nous avons complètement revu l’instruction avec mes camarades Marescaux et Lescure, tous du 13e Régiment du Génie (RG). Par exemple, nous étudions le Véhicule de Combat du Génie (VCG), son fonctionnement, les liaisons et son emploi tactique. Ainsi, lorsque les jeunes officiers partaient sur le terrain aux commandes d’une section, ils étaient bien mieux formés. Nous avons pu faire bouger les choses malgré les réticences. L’inspecteur du génie voulait tout leur apprendre. Nous lui opposions l’idée simple qu’il était nécessaire de former les jeunes officiers à leur premier métier. Entre 1970 et 1975 l’école du génie a entamée son adaptation aux conditions du combat en centre-europe.

Comment étaient organisés les régiments du génie et qu’elles étaient leurs missions ?

JLV : Au niveau de la structure, ma compagnie de génie de brigade avait trois sections avec VCG, VTT et des camions. Un VCG accueillait un groupe de combat du génie. Nous avions aussi une section d’équipement pontage où il y avait un char AMX 13 poseur de pont pour les brèches courtes de 10 à 12 mètres. A l’époque, il y avait trois brigades dans une division. En tant que sapeur, j’appartenais à un régiment de brigade et ma compagnie était détachée pour emploi à celle-ci. Le régiment était ma structure organique du temps de paix mais deux personnes me notaient : le chef de corps et le général commandant la brigade. Les régiments de corps blindés, eux, avaient du matériel de franchissement beaucoup plus lourd. C’était eux qui avaient les bacs Gillois par exemple. Nous avions des sections de génie assez légères faites pour êtres détachées auprès des régiments.

Les deux grandes missions étaient la participation à la mobilité et l’appui en contre-mobilité. Dans l’appui à la mobilité, la première action était l’ouverture d’itinéraire : « on ouvre pour la chenille ». Nous travaillions au profit des grandes divisions blindées. Il fallait ouvrir la route le plus rapidement possible pour que les chars puissent passer sans retarder la manœuvre. La deuxième action était de « rétablir pour la roue » afin que les convois logistiques puissent faire leur travail. Enfin, la dernière action était le maintien d’itinéraire. Notre véhicule de base était le VCG avec sa remorque. Nous pouvions avoir également un certain nombre de matériels en appui. Mais il n’y en avait pas beaucoup à l’époque. Nous faisions du déminage et du minage dans le cadre de l’appui à la contre-mobilité ainsi que beaucoup de franchissements. Cette capacité était particulièrement à l’honneur avec les portières M2 puis les engins Gillois et les Moyens Légers de Franchissement (MLF). 

Dans l’appui à la contre-mobilité, nous faisions beaucoup d’obstructions (des bouchons de mines, des abattis en maniant des explosifs…) et de destructions (de routes, d’ouvrages d’art…). A cette époque, nous parlions beaucoup des « destructions de manœuvre » avec l’autorité qualifiée qui pouvait dire à quel moment nous pouvions faire sauter le pont. Il y avait un détachement de protection issu de l’interarmes et un détachement de mise en œuvre, c'est-à-dire les sapeurs. A la fin des années soixante-dix, nous réalisions des champs de mines grâce à des véhicules poseurs et des enfouisseurs, qui eux sont venus plus tard. L’objectif de ces grandes bandes minées était de ralentir l’avance des forces du Pacte de Varsovie. Nous avions encore des armes spéciales, comme le lance-flamme, mais nous l’utilisions très peu.

Le génie était-il destiné à cette époque au combat défensif ?

JLV : Nous ne voulions pas admettre que nous serions amenés à mener un combat exclusivement défensif. En cas d’attaque du Pacte de Varsovie, nous étions en deuxième échelon avec le 2ème corps d’armée. Nous devions participer au freinage de l’avance soviétique préparatoire à la frappe nucléaire tactique sur ses unités. Le missile nucléaire tactique n’avait qu’un seul intérêt. Il signifiait à l’ennemi qu’il était en train de franchir le seuil des intérêts vitaux de la France et que les armes stratégiques étaient prêtes à partir sur ses villes. Après la frappe, nous devions théoriquement reprendre la progression, ce qui signifiait ouverture d’itinéraire, rétablissement d’itinéraire etc. Les deux missions appui à la mobilité et contre-mobilité étaient bien travaillées ensemble.

Les effectifs du génie dépendaient des appelés du contingent. Qu’elle était la valeur de cette troupe ?

JLV : Je vous garantis que nous faisions des choses extraordinaires avec les appelés. Lorsque je commandais le 2ème RG à Metz en 1988, régiment de corps d’armée, c’est nous qui faisions traditionnellement la présentation du franchissement à l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN). Les auditeurs qui assistaient aux manœuvres ne voulaient pas croire que c’était des appelés qui réalisaient tout cela. Puis ils allaient franchir le pont et discuter avec les hommes. Ils étaient étonnés que nous arrivions à une telle efficacité avec des hommes que nous ne gardions que douze mois. Lorsque l’instruction était bien faite, nous arrivions à des résultats fantastiques. J’avais aussi quelques engagés dans mon régiment. Les appelés participaient de la « dissuasion populaire ». Ils étaient présents au sein du 2e corps d’armée en Allemagne, du 1er corps d’armée dans l’Est et du 3e corps d’armée dans la région parisienne. Le fait qu’il y ait des appelés au sein de ces forces de manœuvre, celles qui devaient être engagées contre le Pacte de Varsovie, signifiait que le peuple français montrait sa détermination à résister à l’ennemi au-delà de la dissuasion nucléaire. A l’époque, l’armée de terre représentait 290 000 hommes et nous n’aurions pu fonctionner sans les appelés. 

Aviez-vous le sentiment dans les années soixante-dix que le développement des forces nucléaires stratégique se faisait au détriment de l’équipement de l’armée de terre ?

Nous ne l’avons pas senti comme ça car le budget était tout de même très important. Comme capitaine, je sentais bien que nous avions un manque dans les équipements de base en matière d’habillement et d’équipement de combat. Avec le recul, nous nous sommes rendu compte du poids important de la dissuasion nucléaire qui était un concept juste et original à cette époque. 

Le retour des OPEX à partir de 1978 a-t-il une influence sur le génie en général ?

JLV : A l’époque où je fais l’école de guerre en 1981-1982, non. Le Liban, c’était la chasse gardée du 17e RGP. C’était eux les spécialistes du déminage. Ce régiment intervenait à l’extérieur lorsqu’il y avait des accords de défense comme en Afrique. Il a fallu attendre l’attentat du Drakkar (le 23 octobre 1983) pour le commandement français se pose la question de l’élargissement des OPEX à plusieurs régiments. A partir de la création de la FAR (le 1er juillet 1984), il y a une première ouverture. Il a fallu attendre le Golfe et l’ex-Yougoslavie pour que les OPEX mobilisent tous les régiments du génie. Lorsque je commandais le 2ème RG, tout cela était loin de nos préoccupations. Pour nous, la menace était toujours à l’Est.

Dans les années quatre-vingt, l’armée était présentée comme une entreprise comme les autres. Vous reconnaissiez-vous dans cette définition ?

JLV : Je vais vous dire ce que j’écrivais dans mon plan d’action de chef de corps à cette époque : « le régiment, c’est trois choses : un outil de combat avant tout, une communauté d’hommes et une entreprise bien gérée ». Je ne voulais pas que le régiment soit assimilé à une entreprise comme les autres. Nous étions un outil de combat où il fallait que chacun à sa place soit précis et efficace. Le professionnalisme était à rechercher dans la qualité des actes du combat. Mais c’est un métier de combat avec ses particularités, qui nécessite de la cohésion et une véritable communauté d’hommes. L’aspect «entreprise bien gérée », c’était le problème du chef de corps avec ses capitaines pour que les choses fonctionnent mieux et soient moins chères.

Entre 1964 et 1997, date à laquelle vous prenez le commandement de l’école supérieure d’application du génie (ESAG), comment le génie a-t-il évolué ?

En trente trois ans, le génie a fortement évolué. Il y a eu une adéquation beaucoup plus forte entre la formation et le besoin opérationnel. Lorsque j’étais stagiaire, j’avais l’impression que l’on voulait m’apprendre une grande quantité de choses sans que je sois sûre que cela puisse me servir par la suite. A partir de 1975, les contenus de formation préparaient plus les futurs lieutenants à commander une section de combat du génie mécanisée. Lorsque j’ai commandé l’école supérieure d’application du génie en 1997, je me suis rendu compte du travail qui avait été réalisé pour que les enseignements soient en adéquation avec les besoins opérationnels du terrain, que ce soit au niveau du service du génie que dans celui du génie combat. La mise en place de la filière MINEX en est le plus parfait exemple. Le déminage n’était plus réservé à quelques spécialistes. Il devenait l’affaire de tous les sapeurs, chacun à leur niveau de compétence.